Découvertes Adulte

Horreur, brutalité, monstruosité et déshumanisation : Cadavre exquis – Augustina Bazterrica

Couverture de "Cadavre exquis" d'Augustina Bazterrica

La terre est infectée par un virus. Les animaux ont presque tous disparus. C’est la pénurie de viande. Pour y remédier, les scientifiques ont utilisés des génomes humains pour créer une nouvelle espèce consommable. Mais un jour, un travailleur d’un abattoir va s’attacher plus que de raison à l’une des représentante de cette espèce…

Un roman horrifique presque insoutenable

Le titre de ce roman donne le la. Glaçant, magistralement atroce, parfois vomitif, on ne peut pas ressortir indifférent après sa lecture : âmes sensibles s’abstenir car ce livre est vraiment un raz-de-marée de dégout et d’horreur. Il nous développe, comme tous les romans post-apocalyptiques, une hypothèque trash de la société du futur : le cannibalisme légal.

La plume d’Agustina Bazterrica est d’une précision chirurgicale, les moindre détails des scènes horrifiques sont décrit en n’épargnant rien au lecteur. Certaines scènes étaient tellement insoutenables que j’ai du faire des pauses au cours du récit. Dans un même temps, je crois que c’est le romans qui m’a le plus dérangé à ce jour, donc qui me restera en mémoire très longtemps.

Un remue-conscience vomitif

Ce roman est un véritable remue-conscience. Les hommes y sont cruels et délirants. L’univers décrit est brutal, complètement immoral et absurde. Ce roman fait par ailleurs une grande référence à Soleil vert d’Harry Harrison, qui décrit également un monde futuriste où règne le cannibalisme, un cannibalisme forcé quant à lui, puisque les hommes ne sont pas au courant qu’ils s’entre-dévorent.

Par opposition, ce roman nous montre à quel point les hommes sont prêts à tout, non pas pour survivre ici, mais pour continuer à consommer de la viande. Des cas de cannibalismes pour survivre ont déjà eu lieu, ce fut le cas par exemple lors d’un crash d’avion, mais ici nous sommes mis face à un véritable choix politique de consommation. Il y a d’ailleurs une véritable frénésie de consumérisme, poussé jusqu’à l’absurdité dans des scènes où le narrateur nous décrit les « brochettes de doigts humains », ou « des oreilles cuisinées » qu’il a trouvé dans une boucherie. Des mets qui ont eu du mal à trouver leurs clients dans un premier temps, mais qui sont aujourd’hui des produits recherchés.

La nouvelle vidéo de L214

Ce roman fait l’effet d’une vidéo de dénonciation contre la violence animal. Les scènes dans l’abattoir où notre narrateur travaille sont insoutenables et malheureusement c’est la façon dont sont traités les animaux dans le monde moderne. C’est également le cas des scènes dans le laboratoire d’expérimentation ou d’autres lieux dont je ne vous dévoilerai pas les horreurs. Notre choc est par ailleurs accentué car nous ils est très facile de se mettre à la place de ces humains modifiés génétiquement.

Comme dans 1984 de Georges Orwell, le vocabulaire employé autour de ces horreurs a complètement été remanié. C’est ce que démontre le personnage principal, fatigué de ces effets de langage. Les humains modifiés s’appellent par exemple des « têtes », ce qui insiste encore sur leur déshumanisation. Après l’esclavage, nous sommes clairement en présence d’une nouvelle exploitation extrême de l’homme par l’homme qui nous parait malheureusement pas si absurde en vue de la bêtise humaine.

Un personnage principal conscient et paradoxal

Le narrateur de ce récit est un homme abimé par la vie. Suite au décès de son enfant, sa femme est partie pour une durée indéterminée. Il travaille pour un abattoir dans le but de payer la maison de retraite de son père, devenu fou avec l’arrivée du cannibalisme étatique. Il vit dans une profonde solitude, entouré d’un monde brutal dans lequel il survit plus qu’il ne vit.

Il est très conscient de l’absurdité qui règne autour de lui, dans son travail comme dans sa vie personnelle et porte un regard très critique envers la société dans laquelle il vit. S’il est lui même horrifié par certaines des pratiques sur les « têtes », il est également plein de paradoxe. Il peut être tantôt un homme très doux, tantôt faire preuve d’une extrême violence et rester totalement stoïque face à certaines situations.

Le roman en bref

Monstrueux, affreux, vomitif ce roman est une claque d’horreur. S’il est magistralement mené par la plume quasi chirurgicale de l’autrice, je conseille fortement aux âmes sensibles de s’abstenir…

Cadavre exquis
Agustina Bazterrica
Flammarion, 2019

Ma note : ★★★★★

Vous chercher un autre roman glaçant ? Vous aimerez également La vraie vie d’Adeline Dieudonné.
D’autres idées en lien avec ce roman ? N’hésitez pas à les partager en commentaire !

4 réflexions au sujet de « Horreur, brutalité, monstruosité et déshumanisation : Cadavre exquis – Augustina Bazterrica »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s